Entretenir la démocratie ici, et la faire advenir, là-bas.
La démocratie en France a un prix. Celui de toutes les générations qui, se succédant, ont mené chacune leur combat : celui du moment. Des indignations à faire connaître, puis des actes à accomplir, des risques personnels à prendre... Pour que millimètre après millimètre, les choses changent.
Aujourd'hui, que faire ?
Je ne m'étais jamais posé la question. Jusqu'à hier soir...
En ce premier tour des élections municipales, je vais voter. On me propose par hasard de venir aider au dépouillement. Il manque des volontaires. J'accepte. Rendez-vous à 19h45. Fermeture du bureau de vote à 20h. Je retrouve là 7 personnes de mon quartier, venues comme moi, en plus des 10 élus qui étaient de permanence.
Ce soir-là, j'ai ouvert 100 enveloppes, sorti et déplié 100 bulletins. J'ai consigné par écrit 100 votes. J'ai aussi annoncé tout haut 100 fois les têtes de listes. J'ai signé 3 fois la justesse des comptages. Drôle de sensation que celle de voir s'exercer devant moi le droit de penser. Le droit de penser librement et puis les moyens d'exercer un choix libre : liste électorale à jour, plusieurs listes / projets parmi lesquels choisir, des enveloppes identiques pour tous, des isoloirs, une urne bien gardée...
Liberté.
Egalité.
Pendant le dépouillement, j'ai aussi pensé... Pensé à ces millions de Russes qui n'ont pas eu ma chance la semaine dernière.
Et puis ce soir, je me souviens de ce taxi que j'ai suivi et qui avait d'apposé, sur la vitre arrière, un autocollant : "Je roule pour Ingrid".
Cruelles coïncidences. Comment maintenant ne pas s'émouvoir ?
Fraternité.